L'œuvre d'Arcabas quittera Saint-Sernin pour l'église des Jacobins

Exposé depuis plus d'un an dans la chapelle du transept nord de la basilique Saint-Sernin à Toulouse, le polyptyque du peintre Arcabas, décédé le 23 août à l'âge de 91 ans à Saint-Pierre-de-Chartreuse (Isère), sera transféré d'ici le mois de novembre en l'église des Jacobins. Un vote du conseil municipal de Toulouse doit prochainement entériner le déménagement de cette œuvre majeure de l'artiste spécialisé dans l'art sacré contemporain à la renommée internationale. Arcabas (de son vrai nom Jean-Marie Pirot) était présent au printemps 2017 à Toulouse lors du vernissage de cette fresque qui est restée pendant cinquante ans dans les tiroirs. Avant d'être exhumée après une « illumination » de l'artiste lors d'un précédent passage à Toulouse.

Pour le peintre, la Ville rose, ville histoire de la retirada qui a vu l'arrivée en février 1939 de près d'un demi-million d'Espagnols fuyant la guerre civile commencée en 1936, « était le lieu idéal pour placer son œuvre », rappelle Régis Courtray, président de l'Association des Amis de l'Oeuvre d'Arcabas à Toulouse. Sa volonté sera vraisemblablement exaucée, mais outre le transfert du polyptyque aux Jacobins, une souscription sera lancée pour son acquisition. Coût estimé : 200 000 euros. L'association des amis du peintre se donne cinq ans pour réunir les fonds, la souscription est prise en charge par la Fondation du Patrimoine. Une convention doit être signée entre les deux parties le 26 septembre. D'ici là, il faut courir admirer cette œuvre de 25 m2 composée de cinq panneaux, intitulée « Hommage à Bernanos ». On y observe un grand Christ en croix peint, auquel le peintre a ajouté par la suite quatre panneaux inspirés par Les grands cimetières sous la lune. Le pamphlet antifranquiste de 1938 dans lequel l'écrivain français Georges Bernanos – Sous le soleil de SatanJournal d'un curé de campagneDialogues des Carmélites, etc. – se livre à un travail « quasi expiatoire » en voyant passer dans des camions des condamnés à mort. À l'origine, « Hommage à Bernanos » a été créé et exposé pour la première fois comme toile de fond de la pièce « Journal d'un curé de campagne » jouée dans les années 1960. Mais l'instabilité du monde actuel avait inspiré à Arcabas une réflexion, livrée l'an dernier par téléphone : « Les circonstances politiques mondiales sont telles qu'elles m'ont fait repenser à Bernanos. Il disait : Vous êtes au courant, en vérité, de la vérité… »


"L'hommage à Bernanos" d'Arcabas restera-t-il à Toulouse ?

Paru sur France Info

https://culturebox.francetvinfo.fr

Par Odile Morain @Culturebox

Publié le 05/09/2017 à 09H20

C'est un tableau monumental qui illumine le chœur de la Basilique Saint-Sernin de Toulouse, "L'hommage à Bernanos" réalisé par Arcabas force l'admiration des paroissiens et des amateurs d'art sacré contemporain. Le polyptyque doit rester accroché jusqu'au mois de janvier 2018, ensuite la mairie et l'église souhaitent l'acquérir définitivement. Reste à trouver les fonds pour financer l'achat. Lire Plus

 

Une souscription pour acheter l'oeuvre d'Arcabas

Paru dans La Dépêche

https://www.ladepeche.fr

Publié le 09/05/2017 à 03:53, Mis à jour le 09/05/2017 à 08:19

Le diocèse de Toulouse lance une souscription pour acquérir L'Hommage

à Bernanos, tableau monumental actuellement exposé à la basilique Saint-Sernin.

Le polyptyque monumental (5 mètres x 5) peint par le peintre Arcabas en 1962 et actuellement exposé à la basilique Saint-Sernin pourrait définitivement rester à Toulouse. Dressée pour l'exposition temporaire consacrée à ce peintre de l'art sacré contemporain (Jean-Marie Pirot de son vrai nom), dans le transept nord du monument historique depuis le 23 avril et jusqu'au 4 juin, l'œuvre a tapé dans l'œil du diocèse de Toulouse. Une souscription est d'ores et déjà lancée pour l'acquisition de cet « Hommage à Bernanos » dont la fonction première était de servir de décor à la pièce de Georges Bernanos Journal d'un curé de campagne jouée en 1962 à Grenoble (Isère). L'artiste, âgé de 90 ans et qui vit dans ce département, s'est dit hier « très touché » de savoir qu'une ville comme Toulouse souhaitait acquérir cette œuvre inspirée d'un pamphlet de Bernanos, écrit en 1938 en pleine guerre d'Espagne, Les cimetières sous la lune. Soit le silence coupable de l'Eglise sur la répression franquiste.

« Nous en serions très heureux, car Toulouse est une deuxième capitale espagnole, un lieu pour les exilés républicains pendant la guerre civile », s'enthousiasme Isabelle Pirot (la fille d'Arcabas). Le père Vincent Gallois et l'universitaire Régis Courtray, co-organisateurs de l'exposition Arcabas, souhaitent recueillir 200 000 euros pour l'acquisition du polyptyque qui, du coup, serait visible tout le temps de la souscription à la basilique Saint-Sernin. C'est-à-dire au-delà du 4 juin. Mais elle n'y restera pas si le diocèse en devient propriétaire. Elle sera placée « dans une église à Toulouse », mais aucun nom n'est pour le moment avancé.

« Cette souscription fait suite à une décision de l'évêque de Toulouse Mgr Le Gall, confirme le père Vincent Gallois, curé de la paroisse Saint-Sernin. C'est une œuvre puissante, importante, qui dit beaucoup de choses qu'on ne saisit pas la première fois qu'on la regarde.» Pour Arcabas, actualité du monde aidant, c'est le moment béni pour qu'elle entre dans le patrimoine culturel. « Les circonstances politiques mondiales sont telles qu'elles m'ont fait repenser à Bernanos, a confié le peintre hier par téléphone. Nous nageons dans un monde étrange où il y a des guerres un peu partout, qui n'ont aucun sens. Vous êtes au courant, en vérité, de la vérité, disait Bernanos. C'est une question de foi profonde, qui apparaît, disparaît puis revient un jour. »

En 1962, après la pièce de théâtre à Grenoble, le polyptyque d'Arcabas a longtemps dormi dans son atelier, mais « mon père n'a jamais cessé de produire », ajoute sa fille Isabelle. Il n'a été remontré qu'en 2012 à Lyon.

Gérald Camier